05 janvier 2007

Dindons de la farce liturgique

Le débat récent sur le projet de libéralisation du rite Saint Pie V a littéralement enflammé le microcosme intellectualo-journalistique. De la très contestataire revue La Vie au traditionnel bimensuel Homme Nouveau en passant par le plus consensuel hebdomadaire Familles Chrétiennes, c’est une avalanche d'analyses sur les rapports complexes entre la France, les liturgies post et ante conciliaires et le Vatican qui nous est infligée… A travers des appels divers et variés pour stopper le probable retour de l’ancien régime liturgique ou pour lutter contre le néo gallicanisme rampant, les beaux penseurs agitent le chiffon rouge. Nous aurions envie de leur dire halte au feu, ou, peut-être, halte au sketch ou, mieux encore, halte-là l'embrouille !!!

Mais, au fait, qui sommes-nous ? Nous sommes le génération nourrie par Jean-Paul II (et le Cardinal Ratzinger…). Celle qui a tellement reçu des communautés nouvelles, du renouveau charismatique, des paroisses atypiques et des monastères. Saint Jean, les Foyers de Charité, l’Emmanuel, Saint Martin, Solesmes, les Béatitudes et bien d'autres communautés qui, malgré des tensions humaines et spirituelles, ont recherché, à travers les richesses du concile, une fidélité au magistère, un éclairage nouveau sur la tradition et une nécessaire ouverture aux réalités de ce monde. Et c'est vrai que la génération Jean-Paul II se sent bien dans cette unité retrouvée et qu'elle n'est donc pas particulièrement motivée (ou choquée) par ce projet de réintroduction de l'ancien rite.

Pour autant, elle ne souhaite pas que l'on se trompe de combat. Parfois un peu trop docile mais toujours obéissante, cette génération a subi beaucoup d'outrages liturgiques. Nous avons eu le droit au pire : la messe dite sur le coin de la table de la cuisine du presbytère, les délires musicaux sur fond de synthé et de batterie, les messes pour les enfants (tout un programme...), les panneaux aux messages abrutissants et les étoles en grosse laine… Mais nous avons eu, un peu plus tard, le droit au meilleur : renouveau de l’adoration, de la confession et des pèlerinages, rassemblements autour du Saint Père, beauté de chants tirés des Psaumes et des Saints de notre temps, prêtres portant le col romain comme un signe d’humilité et d’appartenance. C’est, nous croyons, un vrai retour aux sources du Concile !!!

Nous considérons que ce projet de libéralisation de la messe dite de Saint Pie V peut constituer une étape utile pour dépasser le simple clivage liturgique et disposer les chrétiens à recevoir en plénitude la réforme liturgique. Mais chacun doit comprendre que le temps de l’unité a succédé à celui de la contestation. Et nous ne sommes pas loin de mettre dans le même panier tous ceux et celles, tradis ou progressistes, qui on si souvent cuisiné dans leur coin sans vraiment comprendre et appliquer la réforme liturgique. Cette si belle réforme introduite par la Constitution Conciliaire Sacrosanctum Concilium qui fut malheureusement si souvent déformée.

Vous l'aurez compris, nous ne sommes pas particulièrement attachés au port de la soutane (quoique très souhaitable lors de la messe ou des offices...) et aux chasubles en forme de boîte à violon... Nous avons également un goût modéré pour les messes basses, les génuflexions répétées et le latin surabondant. Nous préférons la concélébration et la participation élargie des fidèles, mais nous apprécions aussi la messe tournée vers le Seigneur. Nous ne voulons plus de ces célébrations désacralisées qui, sous un prétexte humanitarogélatineux, ont si souvent eu cours dans nos paroisses depuis les années 70.



En définitif, nous ne voulons pas être les dindons de cette farce liturgique qui a privilégiée les positions contestatrices au détriment de tous ceux et celles qui désirent une application généreuse et fidèle de notre Concile Vatican II. Nous avons, nous aussi, confiance en Benoit XVI !!!